La matrice McKinsey est un outil d’analyse stratégique qui classe les activités ou produits d’une entreprise dans une grille à neuf cases, selon deux axes : l’attrait du marché et la position concurrentielle de l’entreprise. Développée dans les années 1970 par le cabinet McKinsey pour General Electric, elle aide à décider où investir, où maintenir ses efforts et d’où se retirer. Plus fine que la matrice BCG et sa grille à quatre cases, elle nuance l’analyse grâce à trois niveaux (faible, moyen, fort) sur chaque axe. Elle répond à une question simple : parmi vos activités, lesquelles méritent vos ressources, et lesquelles n’en valent plus la peine ?
Pourquoi je me méfie des matrices, et pourquoi celle-ci tient la route
Je vais être honnête : la plupart des matrices stratégiques finissent dans un slide qu’on présente une fois et qu’on n’ouvre plus jamais. On remplit les cases, on se félicite d’avoir “réfléchi stratégiquement”, et trois mois plus tard plus personne ne sait où était rangé le fichier.
La matrice McKinsey échappe à ce sort pour une raison : elle ne sert pas à décrire, elle sert à décider. Là où beaucoup d’outils se contentent de poser un diagnostic joli mais inerte, celle-ci débouche sur une action concrète pour chaque activité analysée : on investit, on maintient, ou on se retire. C’est un outil d’arbitrage, pas un outil de décoration.
Ce que j’ai appris en la manipulant pour de vrai, c’est que sa valeur ne vient pas de la grille elle-même, mais de la discipline qu’elle impose : noter honnêtement l’attrait de chaque marché et votre position réelle dessus, sans vous raconter d’histoires. La matrice ne ment pas. C’est vous qui pouvez vous mentir en remplissant les cases. Voyons comment l’utiliser sans tomber dans ce piège.
La matrice McKinsey, c’est quoi exactement ?
La matrice McKinsey, aussi appelée matrice attraits-atouts ou matrice GE-McKinsey, est un outil d’analyse de portefeuille. Elle a vu le jour dans les années 1970, quand le cabinet McKinsey & Company l’a développée pour General Electric, qui cherchait un cadre fiable pour piloter un portefeuille très diversifié d’activités.
Son principe : positionner chacune de vos activités (ou domaines d’activité stratégique, ou gammes de produits) dans une grille de neuf cases, croisant deux dimensions. C’est cette grille à neuf cases qui la distingue de la matrice BCG, plus connue mais plus grossière avec ses quatre cases seulement. Là où BCG vous dit “vache à lait ou poids mort”, McKinsey nuance avec un niveau intermédiaire sur chaque axe, ce qui colle mieux à la réalité d’une entreprise où peu de choses sont tout noir ou tout blanc.
General Electric s’en est servi pour arbitrer ses investissements entre des secteurs aussi différents que l’électroménager, l’énergie et la santé. Le principe reste valable aujourd’hui pour une PME qui doit choisir où concentrer des ressources forcément limitées.
Les deux axes : attrait du marché et position concurrentielle
Toute la matrice repose sur deux axes qu’il faut bien comprendre.
L’axe vertical mesure l’attrait du marché. Autrement dit : ce marché vaut-il la peine qu’on s’y batte ? On y évalue le potentiel de croissance, la taille, la rentabilité, l’intensité concurrentielle, les barrières à l’entrée, la sensibilité au prix. Un marché en forte croissance, rentable et difficile d’accès pour de nouveaux entrants est très attractif. Un marché stagnant, saturé et à faibles marges l’est beaucoup moins.
L’axe horizontal mesure votre position concurrentielle. Autrement dit : sur ce marché, êtes-vous bien armé ? On y évalue votre part de marché, votre notoriété, vos avantages compétitifs, la qualité de votre offre, vos coûts, votre capacité d’innovation. Une entreprise leader, reconnue et différenciée a une forte position. Un suiveur sans atout distinctif a une position faible.
Chaque axe se divise en trois niveaux : faible, moyen, fort. En les croisant, on obtient les neuf cases. Et le point méthodologique qui change tout : il faut pondérer les critères selon leur importance réelle pour votre secteur. Tous les critères d’attrait ne pèsent pas pareil. Dans un secteur où la croissance est reine, elle pèsera plus lourd que la rentabilité immédiate. C’est ce travail de pondération, fait honnêtement, qui sépare une matrice utile d’un coloriage arbitraire.
Les neuf cases et ce qu’elles disent de faire
Une fois vos activités positionnées, la grille se lit en trois grandes zones, chacune appelant une stratégie différente.
| Zone | Situation | Stratégie recommandée |
|---|---|---|
| Zone forte (haut-droite) | Attrait fort + position forte | Investir et croître : ce sont vos activités prioritaires, on y met les ressources |
| Zone médiane (diagonale) | Attrait et position moyens ou contrastés | Sélectionner et maintenir : on arbitre au cas par cas, on gère pour le rendement |
| Zone faible (bas-gauche) | Attrait faible + position faible | Se retirer ou récolter : on désinvestit progressivement, on cesse d’alimenter |
La logique est simple à retenir. En haut à droite, vous êtes fort sur un marché porteur : foncez. En bas à gauche, vous êtes faible sur un marché sans intérêt : sortez avant que ça ne vous coûte plus que ça ne rapporte. Et entre les deux, sur la diagonale, c’est là que se trouvent les vraies décisions, celles qui demandent du jugement : faut-il investir pour renforcer sa position, ou se contenter de récolter ce que l’activité rapporte encore ?
Un exemple concret : la PME qui devait choisir
Pour rendre tout ça tangible, prenons un cas inspiré du terrain. Imaginons une PME qui a développé, au fil des années, trois lignes d’activité : une activité historique de services aux entreprises, une boutique e-commerce lancée plus récemment, et une activité de formation qui tournait au ralenti. Le dirigeant sentait qu’il s’éparpillait, sans savoir où couper.
On positionne les trois activités dans la matrice. L’activité services historique : marché mûr, peu de croissance, donc attrait moyen ; mais l’entreprise y est leader local, reconnue, donc position forte. Elle tombe dans la zone “maintenir et récolter” : c’est la vache à lait, on l’optimise sans surinvestir. L’e-commerce : marché en forte croissance, attrait élevé ; mais l’entreprise y est encore un petit acteur, position faible. Case “investir sélectivement” : le potentiel est là, mais il faut décider si on met les moyens de devenir sérieux, ou pas. La formation : marché correct mais l’offre n’était pas différenciée et l’entreprise n’y croyait plus vraiment, position faible sur un attrait moyen. Direction zone “se retirer”.
Le verdict de la matrice a confirmé une intuition que le dirigeant n’osait pas formuler : arrêter la formation, traire l’activité historique sans y mettre plus, et concentrer l’énergie disponible sur l’e-commerce pour transformer un petit acteur en concurrent qui compte. Trois activités, trois stratégies distinctes, une décision claire. C’est exactement ce que la matrice est censée produire.
La stratégie, ce n’est pas faire plus de choses. C’est décider lesquelles arrêter pour donner aux autres une vraie chance de réussir.
Comment construire votre matrice McKinsey, étape par étape
La méthode, dégraissée de tout le jargon, tient en cinq étapes.
1. Listez vos activités à analyser. Vos domaines d’activité stratégique, vos gammes de produits, vos segments. Ni trop fin (vous vous noyez), ni trop grossier (vous masquez les écarts).
2. Définissez vos critères et pondérez-les. Choisissez les critères d’attrait du marché et de position concurrentielle qui comptent vraiment pour votre secteur, puis attribuez un poids à chacun. C’est l’étape qu’on bâcle le plus souvent, et c’est celle qui décide de la fiabilité du résultat.
3. Notez chaque activité sur chaque critère. Honnêtement. La tentation est de surnoter ce qu’on aime et de sousnoter ce qui dérange. C’est le meilleur moyen de transformer un outil de décision en miroir flatteur.
4. Positionnez les activités dans la grille. En croisant le score d’attrait et le score de position, chaque activité trouve sa case. Une bulle dont la taille reflète le chiffre d’affaires rend la lecture encore plus parlante.
5. Tirez les décisions. Pour chaque activité, une stratégie : investir, maintenir, ou se retirer. Et surtout, planifiez le suivi. Une matrice n’a de valeur que si elle débouche sur des actions qu’on exécute, et qu’on revisite quand le marché bouge.
Matrice McKinsey ou matrice BCG : laquelle choisir ?
La question revient souvent, parce que les deux outils servent à analyser un portefeuille. Voici comment je les départage.
La matrice BCG est plus rapide et plus simple : deux axes objectifs (croissance du marché, part de marché relative), quatre cases, un résultat en quelques minutes. C’est l’outil du premier coup d’œil. Sa limite : elle réduit tout à deux critères chiffrés, ce qui peut être réducteur.
La matrice McKinsey est plus riche et plus nuancée : elle intègre de multiples critères pondérés, propose un niveau intermédiaire, et reflète mieux la complexité réelle. Sa limite : elle demande plus de travail et une part de jugement, donc plus de rigueur pour rester objective.
Mon avis : la BCG pour un diagnostic rapide ou une première approche, la McKinsey quand l’enjeu justifie une analyse fine et que vous voulez intégrer des critères qualitatifs que deux axes ne capturent pas. Les deux ne s’excluent pas, elles se complètent.
Besoin d’y voir clair dans votre stratégie ?
M-Twice accompagne les PME belges dans leurs arbitrages stratégiques : analyse de portefeuille d’activités, priorisation des investissements marketing et digitaux, et traduction de la stratégie en plan d’action concret. Décider où concentrer vos ressources, pas les éparpiller.
FAQ, matrice McKinsey
Qu’est-ce que la matrice McKinsey ?
La matrice McKinsey, aussi appelée matrice attraits-atouts ou matrice GE-McKinsey, est un outil d’analyse stratégique de portefeuille qui classe les activités ou produits d’une entreprise dans une grille de neuf cases. Elle croise deux axes : l’attrait du marché (potentiel de croissance, rentabilité, taille, barrières à l’entrée) en vertical, et la position concurrentielle de l’entreprise sur ce marché (part de marché, notoriété, avantages compétitifs, qualité de l’offre) en horizontal. Chaque axe se divise en trois niveaux (faible, moyen, fort), ce qui donne neuf cases. Développée dans les années 1970 par le cabinet McKinsey & Company pour General Electric, elle sert à décider où investir, où maintenir ses efforts et d’où se retirer. Sa grille à neuf cases la rend plus fine que la matrice BCG, qui n’en compte que quatre, car elle permet un niveau d’analyse intermédiaire plus proche de la réalité des entreprises.
Quels sont les deux axes de la matrice McKinsey ?
La matrice McKinsey repose sur deux axes. L’axe vertical mesure l’attrait du marché : il évalue si un marché vaut la peine qu’on s’y investisse, à travers des critères comme le potentiel de croissance, la taille du marché, la rentabilité, l’intensité concurrentielle et les barrières à l’entrée. L’axe horizontal mesure la position concurrentielle de l’entreprise sur ce marché : il évalue si l’entreprise y est bien armée, à travers des critères comme la part de marché, la notoriété, les avantages compétitifs, la qualité de l’offre, les coûts et la capacité d’innovation. Chaque axe est divisé en trois niveaux (faible, moyen, fort). Un point méthodologique essentiel : les critères de chaque axe doivent être pondérés selon leur importance réelle pour le secteur analysé, car tous ne pèsent pas le même poids. C’est ce travail de pondération honnête qui rend la matrice fiable plutôt qu’arbitraire.
Quelle est la différence entre la matrice McKinsey et la matrice BCG ?
La principale différence tient à la finesse de l’analyse. La matrice BCG utilise deux axes objectifs et chiffrés (le taux de croissance du marché et la part de marché relative) et propose une grille de quatre cases (vache à lait, vedette, dilemme, poids mort) : elle est rapide, simple et idéale pour un diagnostic au premier coup d’œil, mais réductrice car elle ramène tout à deux critères. La matrice McKinsey utilise deux axes multicritères et pondérés (l’attrait du marché et la position concurrentielle) et propose une grille de neuf cases avec un niveau intermédiaire : elle est plus riche, plus nuancée et reflète mieux la complexité réelle d’une entreprise, mais elle demande davantage de travail et une part de jugement. En pratique, la matrice BCG convient pour une première approche rapide, tandis que la matrice McKinsey est préférable quand l’enjeu justifie une analyse approfondie intégrant des critères qualitatifs. Les deux outils sont complémentaires plutôt que concurrents.
Comment construire une matrice McKinsey ?
Construire une matrice McKinsey se fait en cinq étapes. D’abord, lister les activités à analyser (domaines d’activité stratégique, gammes de produits ou segments), à un niveau de détail ni trop fin ni trop grossier. Ensuite, définir les critères d’attrait du marché et de position concurrentielle pertinents pour son secteur, puis les pondérer selon leur importance : c’est l’étape déterminante pour la fiabilité du résultat. Troisièmement, noter honnêtement chaque activité sur chaque critère, en évitant le biais qui consiste à surnoter ses activités préférées. Quatrièmement, positionner chaque activité dans la grille en croisant son score d’attrait et son score de position, idéalement avec des bulles dont la taille reflète le chiffre d’affaires. Enfin, tirer une décision pour chaque activité (investir, maintenir ou se retirer) et planifier le suivi. Une matrice n’a de valeur que si elle débouche sur des actions concrètes et qu’elle est revisitée quand le marché évolue.
À quoi sert la matrice McKinsey pour une PME ?
Pour une PME, la matrice McKinsey sert avant tout à arbitrer l’allocation de ressources forcément limitées entre plusieurs activités. Beaucoup de PME développent au fil du temps plusieurs lignes d’activité ou gammes de produits et finissent par s’éparpiller, sans savoir où concentrer leur énergie ni quoi arrêter. En positionnant chaque activité selon l’attrait de son marché et la position de l’entreprise dessus, la matrice rend visible ce qui mérite des investissements (activités fortes sur des marchés porteurs), ce qu’il faut maintenir et optimiser sans surinvestir (positions fortes sur marchés mûrs, les vaches à lait), et ce dont il vaut mieux se retirer (positions faibles sur marchés peu attractifs). Elle transforme une intuition floue en décision argumentée. Son principal bénéfice pour un dirigeant de PME est de donner le courage et la justification de couper les activités sans avenir pour concentrer les moyens là où ils auront un vrai impact. La stratégie consiste autant à choisir ce qu’on arrête qu’à choisir ce qu’on développe.




